(et ce qu’aucun comparatif ne vous dit)
En 30 secondes :
– En France, toute entreprise doit recevoir ses factures via une Plateforme Agréée (PA) immatriculée par la DGFiP.
– Un logiciel « gratuit et conforme » peut l’être de deux façons très différentes : une plateforme agréée en direct, ou « Solution Compatible » qui route la transmission via une une plateforme agréée partenaire. Les deux sont légales, mais ce n’est pas la même chose.
– Presque tous les comparatifs en ligne sur ce sujet sont publiés par un éditeur qui, comme par hasard, se classe premier. Ce n’est pas un défaut en soi mais ça vaut le coup de le savoir en les lisant.
– Le vrai risque n’est pas de mal choisir un logiciel de facturation. C’est de ne jamais se demander ce qui arrive à vos documents le jour où vous en changez.
D’abord, une distinction que la plupart des pages produit brouillent volontairement
Deux catégories d’outils sont systématiquement confondues dans les argumentaires commerciaux.
La Plateforme Agréée (PA), immatriculée par la DGFiP, est seule habilitée à transmettre légalement une facture électronique dans le circuit officiel. C’est le seul critère qui compte au regard de la loi pas la note sur Trustpilot, pas le nombre d’utilisateurs affiché en haut de page d’accueil.
La Solution Compatible (SC) génère des factures au bon format (Factur-X, UBL, CII) mais ne les transmet pas elle-même elle route la transmission via une PA partenaire, généralement Pennylane ou un opérateur similaire. Ce n’est pas un problème en soi : la conformité est réelle. Mais deux logiciels affichant « conforme » sur leur bandeau d’accueil peuvent reposer sur des mécaniques totalement différentes, et certains éditeurs annoncent une conformité « à venir » (leur propre PDP, en construction) sans date ferme ce qui n’est, au jour où vous lisez ceci, toujours pas le cas.
Avant de choisir un outil, une seule vérification compte : la liste officielle des Plateformes Agréées, publiée par la DGFiP sur impots.gouv.fr, se consulte librement et se met à jour régulièrement.
Le comparatif des solutions gratuites ou accessibles
| Outil | Statut réglementaire | Profil pour lequel c’est pertinent |
|---|---|---|
| Indy | Plateforme Agréée en direct | Auto-entrepreneur, profession libérale, comptabilité simple |
| Abby | Plateforme Agréée en direct | Auto-entrepreneur cherchant facturation + URSSAF intégrées |
| Tiime | Plateforme Agréée en direct | TPE avec besoin de comptabilité liée à la facturation |
| Pennylane | Plateforme Agréée en direct | Structure avec expert-comptable, souvent la PA « hôte » des autres |
| Shine | Plateforme Agréée en direct | Indépendant cherchant compte pro + facturation en un outil |
| Henrri | Statut débattu routage annoncé via une PA partenaire (PennyLane) selon certaines sources, absent de la liste DGFiP selon d’autres | À vérifier vous-même avant de vous y fier pour la conformité |
| Facture.net | Compatible, sans PA tierce nommée publiquement ; PDP propre annoncée mais non confirmée | Facturation ponctuelle uniquement, pas pour un usage régulier |
| Obat | Compatible via partenaire | Vrai BTP avec situations de travaux, acomptes, bibliothèque d’ouvrages |
| ArtisanSmart | Compatible via partenaire | Artisan BTP cherchant chiffrage automatique mobile par corps d’état |
Aucun de ces outils n’est « le meilleur » dans l’absolu ce que prétend pourtant chacun des comparatifs qui sortent en première page de Google sur ce mot-clé, généralement en faveur de l’éditeur qui a payé pour rédiger l’article. Le bon choix dépend de votre statut, de votre TVA, et de la complexité de vos chantiers.
Une nuance propre au bâtiment, que les logiciels de facturation généralistes gèrent mal : les factures de situation (facturation au pourcentage d’avancement sur un chantier long) et la conversion devis → facture sans ressaisie. Un menuisier qui facture un unique chantier à la livraison n’en a pas besoin. Un charpentier qui suit un chantier sur plusieurs mois, si.
Selon la taille de votre entreprise
Auto-entrepreneur, micro-entreprise : Indy ou Abby suffisent largement facturation et déclarations dans un seul outil gratuit, sans complexité inutile.
Moins de 10 personnes : si vous facturez des situations de travaux, Obat ou ArtisanSmart couvrent les spécificités du bâtiment que les outils généralistes ignorent. Si un expert-comptable est déjà dans la boucle, Tiime combine facturation et comptabilité sans changer d’outil.
Plus de 10 personnes : la structure a généralement besoin d’un accès comptable partagé et d’un pilotage financier consolidé Pennylane répond à ce besoin. Pour une gestion de chantier plus poussée (planning, saisie d’heures, multi-utilisateurs), des ERP BTP dédiés prennent le relais, à un coût qui suit la taille de l’équipe.
Le logiciel libre et gratuit existe aussi
Tous les outils cités plus haut sont des services commerciaux : vos données de facturation vivent sur les serveurs de l’éditeur, et vous dépendez de sa politique tarifaire pour toujours. Ce n’est pas la seule option.
Dolibarr est un ERP open source, auto-hébergeable sur votre propre serveur code source libre, aucune licence à payer. Un module gratuit permet de le connecter à SuperPDP, une Plateforme Agréée immatriculée par la DGFiP qui propose un accès gratuit jusqu’à un volume confortable de factures par mois, et qui a construit des passerelles spécifiquement pour l’écosystème open source (Dolibarr, mais aussi Odoo). Résultat : un ERP que vous possédez entièrement, hébergé où vous voulez, et malgré tout conforme à la réforme de la facturation électronique.
C’est une piste plus technique à mettre en place qu’un abonnement SaaS, et elle demande un minimum d’autonomie ou d’accompagnement pour l’installation. Mais elle prouve un point simple : la conformité réglementaire et la dépendance à un éditeur commercial sont deux choses différentes. On peut avoir l’une sans l’autre.
Ce qu’aucun de ces outils ne fera pour vous
Prenez Arnaud, menuisier à Biarritz. Il a changé trois fois de logiciel de facturation en cinq ans pas parce que les outils étaient mauvais, mais parce qu’une promo, un comparatif en ligne ou le conseil d’un confrère l’a fait basculer d’un service à l’autre. À chaque changement, une partie de l’historique reste prisonnière de l’ancien outil : exports PDF à retélécharger un par un avant la clôture du compte, factures introuvables plus tard parce qu’elles ne sont ni dans le nouvel outil ni ailleurs.
Le logiciel de facturation, quel qu’il soit, a une durée de vie commerciale. Rachat, changement de tarif, pivot, disparition le marché français en compte déjà plusieurs exemples. Ce n’est pas une raison pour ne pas en choisir un : c’est une raison pour ne jamais dépendre de lui pour retrouver un document.
La bonne architecture : le logiciel facture, le cloud range
La solution ne coûte rien de plus que ce que vous payez déjà : chaque facture générée, sitôt éditée, est exportée en PDF et déposée dans un espace que vous possédez pas l’éditeur du logiciel de facturation. Un Nextcloud auto-hébergé fait exactement ça : un dossier partagé classique du point de vue de l’utilisateur, mais l’infrastructure vous appartient, pas à un tiers qui peut fermer boutique ou tripler ses tarifs à la prochaine levée de fonds.
Concrètement, une structure de dossiers par client où chaque facture et chaque situation de travaux, le cas échéant — atterrit au bon endroit sans réflexion :
Clients/[Nom_Client]/
├── 01_Devis
├── 02_Commandes_Fournisseurs
├── 03_Chantier_Suivi
│ └── Photos
├── 04_Facturation
└── 05_SAV
Le dossier 04_Facturation ne remplace pas votre logiciel il en est le filet de sécurité. Que vous soyez chez Indy, Tiime, Dolibarr ou un autre outil dans deux ans, le PDF de la facture reste accessible, classé par client, vous pouvez aller la chercher, consultable même hors ligne. Vous changez d’outil de facturation sans jamais perdre une ligne d’historique, parce que l’historique n’a jamais vécu uniquement dans l’outil.
C’est la différence entre choisir un logiciel et construire une organisation. Le premier se change en cinq minutes. La seconde, une fois posée, tient dix ans.
Ce qu’on recommande, concrètement
- Vérifiez le statut de la plateforme agrée réel de l’outil que vous envisagez direct ou via partenaire, les deux sont valables, mais vérifiez-le vous-même sur la liste DGFiP plutôt que de faire confiance au bandeau « conforme » de la page d’accueil.
- Choisissez selon votre profil, pas selon le comparatif le mieux référencé : Indy pour un démarrage simple, Obat ou ArtisanSmart si vous facturez des situations de travaux, Tiime ou Pennylane si un expert-comptable est déjà dans la boucle, Dolibarr si l’autonomie technique et la souveraineté priment sur la simplicité d’installation.
- Ne laissez jamais une facture vivre uniquement dans le logiciel qui l’a générée. Un export PDF systématique vers un espace que vous possédez est le seul geste qui vous protège d’un changement d’outil, d’un rachat, ou d’une fermeture de service et personne d’autre que vous n’a intérêt à vous le dire.
Questions fréquentes
Un logiciel gratuit suffit-il pour un artisan ?
Oui, dans la plupart des cas, si votre volume de facturation reste modéré et que vous n’avez pas besoin de suivi de chantier avancé. Les fonctionnalités BTP spécifiques (factures de situation, bibliothèque de prix par corps d’état) nécessitent en revanche généralement un outil payant.
Qu’est-ce qu’une Plateforme Agréée ?
Une PA est une solution immatriculée par la DGFiP, seule habilitée à transmettre légalement une facture électronique dans le cadre de la réforme. Une « Solution Compatible » génère le bon format mais transmet via une PA partenaire c’est différent, mais tout aussi valable légalement.
Mon logiciel actuel est-il conforme ?
Vérifiez s’il est lui-même une Plateforme Agréée, ou s’il est raccordé à une PA partenaire. Si aucun des deux, il faut y remédier soit en changeant d’outil, soit en le connectant à une PA.
Que se passe-t-il si mon logiciel de facturation ferme ou change radicalement de tarif ?
C’est la question qu’aucun comparatif ne pose, parce qu’aucun éditeur n’a intérêt à y répondre. Si chaque facture a été systématiquement exportée vers un espace que vous possédez, la réponse est simple : rien de grave. Vous changez d’outil, vous gardez l’historique.
Nous avons construit un modèle de dossiers clients prêt à l’emploi les cinq sous-dossiers ci-dessus, avec un fichier explicatif dans chacun pour que cette organisation soit en place en dix minutes, pas en dix mois.
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